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166 - Un homme du peuple

Un homme du peuple mais une vraie vie de château!


Cet homme-là aime la marche ! Inutile de lui poser la question. Rien qu’au regard interrogatif qu’il pose sur les chaussures de la citadine qui viennent à sa rencontre, alors qu’il neige à pierre fendre, que le ciel noie la cime des sapins et que la rue Jolimont oublie même qu’elle appartient à la commune du Locle, l’évidence prend tout son sens.
L’homme rit. D’un beau rire, un rien moqueur mais tendre. Il faut dire que durant sa vie, il en a fait lui, des kilomètres. Les couloirs du musée d’horlogerie du Château des Monts chantonnent encore la mélodie de ses pas. Si sûrs d’eux. Si connaisseurs des lieux. Trente-deux ans et demi, ça laisse des traces. Et surtout, une partition que René Müller sait encore lire, presque les yeux fermés.


Deux tons
Globe-trotteur avant même de se transformer en guide réceptionniste, René Müller raconte. L’Egypte, la Jordanie, le Liban, Israël, la Turquie, la quasi-totalité des îles grecques et enfin Chypres, Lefki « déesse blanche » et… l’amour. Celui qu’il partage avec elle depuis 1979. Celui pour lequel sa déesse a quitté le bleu de la Méditerranée pour le vert des sapins.
Soudain, les poils magnifiquement blancs de la barbe de l’homme frisent. « J’ai grandi à Bâle, mais il n’était pas question de nous y installer. J’avais bien entendu essayé de trouver un job à Larnaca. C’est là que Lefki résidait. L’hôtel qui était prêt à m’engager en tant que réceptionniste exigeait que je me rase. » Une folie ! René ne s’en est toujours pas remis. « Alors nous avons grillé tout notre pécule et nous sommes revenus en Suisse. Mais ici, au Locle. D’où je suis originaire. J’aime vraiment cet endroit. Même les riches sont sympas. C’est aussi vrai qu’en hiver, on glisse facilement et qu’il est agréable de pouvoir compter sur une main secourable, fut-elle d’un ouvrier ! »
Si les murs du Château des Monts raisonnent encore de l’accent toujours un rien suisse alémanique de René, ceux du Musée des Beaux-Arts, de la Bibliothèque et des Moulins souterrains du Col-des-Roches sont d’avis qu’ils connaissent aussi un bout de la mélodie. « J’y étais aussi très à l’aise. Les Moulins me plaisaient tout particulièrement. Mais comme je n’ai toujours pas de véhicule, c’était alors un peu la croix et la bannière pour m’y rendre ».


Le goût de la politique


Outre une kyrielle de personnalités politiques helvètes, René Müller raconte encore et toujours le Château des Monts et René Felber.
« Nos contacts personnels se sont avérés magnifiques. Je l’ai emmené à travers toutes les pièces du Château et il a été tellement emballé par la visite qu’il m’a aussitôt envoyé une lettre de remerciements ! Il m’a même proposé un emploi au Parlement, à Berne. Mais mon destin est indubitablement lié à celui du Locle. »

Et c’est peu dire. Car depuis sa retraite, prise en 2014, l’homme consacre son temps à la vice-présidence du comité loclois de l’Avivo, Même s’il confesse ne pas y être très dynamique. René, qui est aussi membre du Club des loisirs reconnaît :« J’aime bien le troisième âge car les bagarres et la jalousie cèdent la place à la confiance.»
La politique occupe aussi une place de choix dans la vie de cet extraordinaire bonhomme. Qui, sans tourner autour du pot, raconte. « J’occupe un siège popiste au Conseil général du Locle depuis ma retraite. Ce parti n’est ni dogmatique ni belliqueux. Il m’a superbement bien accueilli. J’y ai vraiment trouvé une famille politique très sympa et qui a su m’épauler. »
Un sacré bonhomme. Qu’on ne peut d’ailleurs qu’apprécier. Et c’est bien parce que le monde « m’énerve » que René, qui reconnaît sans autres détours que seule la nature est « richissime », qui aime les impressionnistes et surtout la pendule anglaise qui porte la signature de Thomas Stubbs et dont la construction remonte à la fin du 17e siècle et qui trône au Musée des Monts, que René donc, pour qui le calme est précieux et qui avoue que chacun devrait connaître et apprécier le calme d’une petite commune telle que Le Locle, est toujours aussi précieux aux lieux qu’il vénère, qu’au Château qui ne l’oubliera jamais.

Christiane Meroni