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174 - L'âge a ses raisons

L’âge a ses raisons...

 

A l’instar d’autres vieux bâtiments neuchâtelois, le collège des Parcs affiche ses rides avec effronterie. Et s’il n’avoue que rarement son grand âge, c’est que les battements du cœur de cet ancêtre sont presque toujours aussi réguliers que ceux de la pendule qui orne le haut de sa façade sud.

Aujourd’hui, malgré une restauration qui ne saurait tarder, quelque quatre cents bambins des premiers niveaux Harmos se chamaillent encore et toujours ses faveurs. Même si ses murs se lézardent, que la lumière d’hiver peine à flirter avec ses trop longs couloirs, le vieux collège respire pourtant toujours à pleine… jeunesse !

Depuis quelques mois, le coronavirus s’est néanmoins glissé insidieusement, sans même demander l’avis des enfants, à l’intérieur du vénérable centenaire. Du haut de leur sept-huit ans, Adrien, Clotilde, Eliott, Etan, Florian, Kate, Kenzo, Léon, Leya, Elisaac, Louis, Lucas, Naïma, Pauline, Sacha, Salma, Sietna, William, Zadig, Zoé et Max parlent avec intelligence de l’intrus.

Adieu le cinéma, ciaò la piscine
S’ils savent tous qu’ils affrontent un ennemi, William, lui, connaît même le fameux pangolin qui serait responsable d’une transmission helvétique et de vacances d’été un peu particulières. Son savoir est à l’égal de son sourire, sans frontière !

Le regard de Clotilde résume, à lui seul, un triste souvenir. Elle n’a pas pu aller en Italie où l’attendaient ses grands-parents. Elisaac, par-contre, ne cache pas son bonheur d’avoir pu se rendre en Côte d’Ivoire. Et c’est avec fierté qu’il lance fièrement à toute la classe que « ben, là-bas, il n’a pas rencontré le moindre Corona ! »

Luca s’en fiche éperdument car il est quand même allé en France et même… en zone orange. Normal, toute sa famille y vit. Sacha avoue son désappointement. Il devait partir en Sicile, au Club Med ! Grâce au ciel, ses parents n’avaient pas encore payé le voyage ! Adrien regrette vraiment les entraînements de foot. Pauline, la piscine et le cinéma. Leya se désespère que sa maman lui demande de porter un masque qui la dérange et lui gratte le nez. Naïma sourit en expliquant que son papa est mort de trouille. Kenzo, se lance avec méthode dans une diatribe relatant que les enfants ne risquent rien. Qu’ils ne peuvent pas en mourir mais que son père abuse un peu car il s’en fiche et qu’ils ont tous fini en quarantaine !

Aux policiers de dire stop
Les anecdotes s’enchaînent. Les commentaires vont bon train. Les recommandations suivent. William attend le retrait du Corona pour découvrir Rome. Louis reste persuadé que seule la police pourra arrêter ce fichu virus. Les explications fusent. Il faut reportage 17 arrêter le sport. Il faut sortir car il y a moins de chance que le virus s’y promène. Il faut rester à l’intérieur, mais chacun chez soi...

S’ils sont 21 dans la classe, c’est quasi d’une seule voix que les enfants constatent : « qu’il y a des adultes qui n’ont rien compris. Que ces gens-là sont pires que des bébés qui font des bêtises. Qu’il faut sortir, oui, mais en portant un masque et en respectant les gestes barrière. » Leurs propos sonnent la franchise pas la morale.

Leur finesse d’esprit brille à l’unisson. Quelques enfants ont connu le confinement. D’autre, affrontent la vie autour d’une famille désunie. Aucun n’affiche ni colère ni incompréhension. Leur vie se construit chaque jour d’une multitude de petits bonheurs joliment colorés.

L’enfance prend le dessus. L’honnêteté des propos glisse comme l’eau fraîche d’un torrent. La joie ne s’invente pas, elle se vit. Les parents, les grands-parents, les amis, n’entament pas forcément la joie de mordre à pleines dents le moment présent.

On ouvre les guillemets
Il est plus de onze heures. Maliva Meile, leur jeune institutrice, demande de sortir les cahiers. Le Corona, tout virus qu’il est, disparaît aussitôt. Le cœur reprend du travail. Le son « GUE », en ouvrant ses guillemets, se cherchent entre les guirlandes, la guigne, les guides et les guidons…

Les cadeaux de Noël seront livrés à l’heure. Aucun enfant n’en doute. Les câlins ? s’en doute aussi. Pour autant, cela va de soi, que les grands-parents sachent faire preuve d’un tout petit peu de patience…

 

 

 

Christiane Meroni