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177 - Des chiffres et des zéros

Des chiffres et des zéros


Il y avait le bon vieux temps mais pour le dernier été, c’était zéro sur toute la ligne. A la place de dévoiler ses charmes, il a pris le temps de déverser ses colères faites de pluies à gogo, inondations, ruisseaux en furie et grêle. Sauf pour ceux qui ont un chalet « les pieds dans l’eau » (formule consacrée lorsque tout est normal) l’attraction favorite était le débordement des lacs jurassiens tout en  détournant les esprits du Covid. Celui de Neuchâtel a atteint la cote record de 430,72 m le 19 juillet et celui de Bienne 22 cm de plus le 16. Pas la mer à boire pour le mesurer grâce à des sondes automatiques étalonnées par rapport au niveau de référence suisse, la Pierre du Niton située dans la rade de Genève, elle-même calée à l’époque sur le marégraphe de Marseille. Avant 1840, le sommet de Chasseral servait de base (calculé à 1609,57 m) et était un point bien visible depuis l’observatoire de Berne, même sans le « sapin Swisscom».
Tout parait limpide comme de l’eau de roche et ces altitudes ont une origine : le niveau moyen de la mer. Le « zéro » n’est pas une eau dormante quand on évoque les tribulations qu’il subit :

• La terre est ronde vue de loin, tout comme l’eau des mers ou des lacs. En réalité, c’est une patatoïde cabossée
due à des différences de gravité.
• Les marées causées par la lune et le soleil peuvent atteindre plusieurs mètres. 
• Les changements interannuels ou saisonniers des courants océaniques modifient les niveaux.
• Les vents poussent les eaux dans leur direction, provoquant un dénivelé.
• La pression atmosphérique joue le rôle de baromètre inversé. Si il baisse, la mer monte et si il monte, la mer baisse à raison de plusieurs dizaines de cm.
• L’augmentation de température dilate l’eau et la salinité la densifie, la mer s’élève.
• Si vous préférez alors lire une carte marine, plouf c’est raté. Le zéro n’est pas le même et les sondes sont exprimées par rapport au niveau des plus basses mers astronomiques du lieu… 

Sortons la calculette et le tube d’aspirine pour démêler l’écheveau. Vers 1925, l’exhaussement de la mer était ¾ de mm  par an, de 1,5 mm vers 1980 et un peu plus de 3,5 mm actuellement. Cela risque de s’accélérer avec le réchauffement climatique (dilatation de l’eau et fonte des glaces). Alors avec quels moyens mesure-t-on avec certitude cette hausse, à la fraction de mm près ?
• Un réseau de marégraphes disséminés sur toutes les côtes du globe.
• Des satellites relèvent les niveaux du large par rapport à un géoïde qui a été défini.

Il « suffit » alors de corriger les données reçues en fonction des vents, pressions, marées, courants, etc et « le tour est joué ». A peine plus compliqué que les niveaux des lacs dont le feuilleton nous a abreuvé une partie de l’été.


Jean François Rumley
Septembre 2021