N° 18 179 - Des temps d'antan
N° 17 178 - Ulysse ou l'Odyssée
N° 16 178 - Il était une fois
N° 15 177 - Presque le Paradis
N° 14 177 - On n'arrête pas le vent
N° 13 177 - Des chiffres et des zéros
N° 12 176 - Tranche de vie
N° 11 176 - Reportage L'hirondelle
N° 10 176 - Crise climatique
N°  9   174 - L'âge a ses raisons
N°  8   174 - Chasseur de nuages
N°  7   173 - Retraite bien méritée
N°  6   173 - Confinement
N°  5   172 - Rien qu'un prénom
N°  4   172 - Pas un dialogue de sourd
N°  3   172 - C'était le bon vieux temps
N°  2   171 - Reportage - On est complètement toqué
N°  1   171 - Reportage - Appart-Ages

177 - Presque le Paradis

Presque le Paradis


Il est des jours où tout va bien… Des jours où le soleil réchauffe tout ce qu’il touche. Des jours où le vent pousse, même très légèrement, chacun du bon côté ! 
Ce jour d’été-là, le port de Saint-Blaise finit enfin de recracher son trop-plein  l’eau tandis que, coquette, l’herbe des berges se rhabille du vert de l’espoir. Les inondations ont réussi leur trop-plein de désastres. Un seul petit îlot semble avoir été épargné. Sur son seuil, David scrute le lac, son « presque » débarcadère et le bateau qui vient d’accoster. La paillote du jeune gars trône sur un lit desable. Une petite vingtaine de tables s’amusent de la couleur des chaises qui leur font face. Les chalands se pressent. Le patron s’active. Les boissons rivalisent de couleurs. Le bonheur s’installe. 
La petite buvette est propriété de David Etienne depuis deux ans. Le froid, l’eau, le vent, la covid, l’interdiction de baignades et les inondations n’ont pas entamé la bonne humeur du jeune patron. « J’ouvre les fenêtres de ma paillote tous les jours à midi dès avril et jusqu’à fin octobre. Je les referme vers 19 heures ou plus tard si mes hôtes le souhaitent. »

Drôle de saison
Les aléas de la météo et de la pandémie n’ont pas réussi à gommer son sourire. L’opportunité et la bonne humeur épousent son enthousiasme. David s’enferme dans son sourire. Il aime ses hôtes et ces derniers le lui rendent bien. Toujours accroché au débarcadère, le bateau crache enfin quelques passagers. La bise soulève les jupes de deux vieilles dames, emporte le chapeau de la première, oblige la seconde à rire sans retenue et pousse gentiment les mamies vers l’îlot. David veille au grain. Une poignée de marmots entourent la glacière. Les joues des mômes s’habillent couleurs fraises et chocolat. Un cycliste s’arrête. La conversation s’engage. D’autres coreligionnaires mettent pied à terre. L’îlot s’enflamme. Le patron s’active. L’heure du café sonne pour les pique-niqueurs d’à côté. L’eau du lac se ride sous le poids des voiliers. Les pêcheurs profitent de l’aubaine. La plage s’offre aux baigneurs. Le rêve devient paradis. Les dernières intempéries ont privé d’électricité l’entier du port saint-blaisois. David reconnaît avoir tout de même ressenti une petite chute de moral. A l’instar de toutes les personnes qui gravitent autour du port, il a vécu une semaine sans électricité. D’où l’achat d’une génératrice, histoire de sauver les congélateurs ! 

 

Christiane Meroni